HLP terminale PHILOSOPHIE : Semestre 1

Que cherche-t-on dans la recherche de soi ?

Introduction au semestre 1 : La recherche de soi

1. Que recherchons-nous ?

Le thème du premier semestre est La recherche de soi

  1. Comment nommer cette recherche ? Quel terme désigne le fait de se pencher sur soi-même pour chercher à se connaître ?
  2. Qu'est-ce que ce moi que nous recherchons ? Définissez-le, donnez-en ses caractéristiques.

AIDE : quand je dis « moi », « je », à quoi est-ce que je fais référence ? À quelles caractéristiques de ma personne ?

Question 1. Comment nommer cette recherche ?

Introspection — observation, examen, regard attentif sur soi-même, qui a pour but la connaissance de soi.

Question 2. Qu'est-ce que ce moi que nous recherchons ?

Identité (*) du Moi

-> permanence : le moi reste le même dans le temps, malgré les changements de notre personne.
->unicité : le moi est unique, distinct des autres "moi". Nous ne nous confondons pas avec autrui.
-> unité : le moi est Un, et non multiple (je ne suis pas plusieurs "moi"),je suis une seule et même personne.

* Identité : ensemble de caractéristiques qui permettent d'identifier une chose, c'est-à-dire de la reconnaître comme distincte d'autres choses.

2. Celui qui se cherche se trouve-t-il ?

TEXTE 1 : David Hume, Traité de la nature humaine

David Hume, Traité de la nature humaine (1739-1740)

Livre I, partie IV, section 6, « De l'identité personnelle »

Pour moi, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaleur ou de froid, de lumière ou d'ombre, d'amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d'autre que la perception. […] [Je suis] un faisceau ou une collection de perceptions différentes, qui se succèdent avec une rapidité inconcevable et sont dans un flux et un mouvement perpétuels.

Vocabulaire

  • Perception : pour Hume, n'est pas simplement ce qui est perçu par les sens (une odeur, un son, etc.), mais tout ce qui se présente à l'esprit : une sensation, une émotion, une impression, une idée.
  • Faisceau (haz en espagnol) : en physique, un ensemble des rayons lumineux provenant d'une même source.

Questions — Hume

  1. Chaque fois que Hume regarde en lui-même, que trouve-t-il ?
  2. Quelle est cette chose que nous cherchons lorsque nous pratiquons l'introspection et que Hume ne trouve pas ?
  3. Faites-en vous-même l'expérience : fermez les yeux, observez votre activité mentale, vos perceptions. Notez ce que vous avez perçu. Avez-vous trouvé un moi ? Sinon, qu'avez-vous trouvé ?
  4. Synthèse : expliquez en quoi Hume remet en question l'idée de recherche de soi.

L'expérience

Trente secondes. Fermez les yeux.

Cherchez, en vous, celui qui perçoit.

Notez exactement ce que vous avez perçu.

Lequel de ces éléments est vous ?

3. Que perd-on quand on se perd soi-même ?

TEXTE 2 : Oliver Sacks, L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau

Oliver Sacks (1933-2015)

Neurologue britannique.

L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1985) est un recueil de cas qu'il a traités dans différents hôpitaux psychiatriques.

Le cas de Jimmie G.

Le cas de Jimmie G.

Jimmie était un bel homme aux cheveux gris, foisonnants et bouclés ; à quarante-neuf ans, il respirait la santé, il était gai, amical, chaleureux.

— Salut, docteur ! dit-il en entrant. Belle matinée ! Je peux m’asseoir là ? » C’était un homme cordial, prêt à parler et à répondre à toutes mes questions. Il me donna son nom et sa date de naissance, et évoqua la petite ville, dans le Connecticut, où il était né. Il me la décrivit avec des détails qui disaient son attachement à ce lieu et en dessina même le plan. Il parla des maisons où sa famille avait vécu – il se souvenait encore de leur numéro de téléphone. Il parla de sa période scolaire, des amis qu’il avait à cette époque, de son goût pour les mathématiques et les sciences.

Le cas de Jimmie G. (suite)

Il évoqua avec enthousiasme le temps qu’il avait passé dans la Marine – il avait alors dix-sept ans et sortait tout juste du lycée, lorsqu’il fut incorporé en 1943. Avec ses talents d’ingénieur – c’était un radio et un électronicien né – et après un cours accéléré au Texas, il se retrouva assistant-radio sur un sous-marin. Il se rappelait les noms des différents sous-marins sur lesquels il avait servi, leurs missions, leurs lieux de stationnement, les noms de ses compagnons de bord. Il se rappelait le morse et savait encore envoyer des messages ; il connaissait aussi la dactylographie.

Le cas de Jimmie G. (suite)

Une jeunesse intéressante et bien remplie, qu’il se remémorait d’une façon vivante, en détail et avec attachement. Mais, à partir de là, pour je ne sais quelle raison, ses réminiscences s’arrêtaient. (...)

Quand il s’agissait de se rappeler, de revivre les événements, Jimmie était très animé ; il ne donnait pas l’impression de parler du passé mais plutôt du présent, et je fus très frappé par son changement de temps lorsqu’il passait des souvenirs de sa scolarité à ceux de sa période dans la Marine : il avait employé le passé, il employait maintenant le présent – et il ne s’agissait pas, me semblait-il, du présent formel ou fictif du souvenir, mais du présent actuel de l’expérience immédiate.

Le cas de Jimmie G. (suite)

Un brusque, invraisemblable soupçon me saisit.

— En quelle année sommes-nous, monsieur G. ? demandai-je en dissimulant ma perplexité sous un air désinvolte.

— Quarante-cinq, mon gars. Pourquoi ?

Il continua :

« Nous avons gagné la guerre, Roosevelt est mort. Truman est à la barre. L’avenir nous appartient.

— Et vous, Jimmie, quel âge avez-vous donc ?

Chose curieuse, il hésita un moment comme s’il calculait.

— Voyons, je dois avoir dix-neuf ans, docteur. J’aurai vingt ans au prochain anniversaire.

(...)

Le cas de Jimmie G. (suite)

Deux minutes plus tard, je rentrai dans la pièce. Jimmie était toujours debout près de la fenêtre, regardant avec plaisir les enfants jouer au base-ball en contrebas. Il se retourna quand j’ouvris la porte et son visage prit une expression enjouée.

— Bonjour, docteur ! dit-il. Belle matinée ! Vous voulez vous entretenir avec moi ? Je m’assieds là ?

Son visage franc et ouvert n’exprimait pas le moindre signe de reconnaissance.

— Est-ce que nous nous sommes déjà rencontrés, monsieur G. ? demandai-je d’un air détaché.

— Non, je ne crois pas. Quelle barbe vous avez ! Je ne vous aurais pas oublié, docteur.

(...)

Le cas de Jimmie G. (suite)

En quoi consistait une vie déconnectée ? « Je peux m’aventurer à affirmer, écrivait Hume, que nous ne sommes rien d’autre qu’un faisceau ou une collection de perceptions différentes, se succédant avec une rapidité inconcevable, et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuels (Hume, Traité de la nature humaine). » En un sens, il était devenu un être « humien » – je ne pouvais m’empêcher de penser que Hume aurait été fasciné de voir en Jimmie l’incarnation de sa propre « chimère » philosophique, la terrible réduction d’un homme à un simple flux ininterrompu, privé de toute connexion ou cohérence.

Le cas de Jimmie G. (fin)

(...)

Jimmie était à la fois conscient et inconscient de cette profonde et tragique perte survenue en lui-même, de cette perte de lui-même. (Si un homme a perdu un œil ou une jambe, il sait qu’il a perdu un œil ou une jambe ; mais, s’il a perdu le soi – s’il s’est perdu lui-même –, il ne peut le savoir, parce qu’il n’y a plus personne pour le savoir.)

Questions — Sacks

  1. Résumez le cas de Jimmie, qui souffre d'amnésie rétrograde.
  2. La vie intérieure de Jimmie révèle un trouble de l'identité : qu'est-ce qu'a perdu Jimmie ? À quoi n'a-t-il plus accès ?
  3. En quoi ce cas illustre-t-il la thèse de Hume sur l'identité personnelle ?

Recueil de représentations : laisser venir, ne pas corriger.

« Connais-toi toi-même » : du fronton de Delphes à Socrate.