Platon, Apologie de Socrate (suite)
« À tout prendre, je suis plus savant que lui. En effet, il se peut que ni l'un ni l'autre de nous ne sache rien de bon ; seulement, lui croit qu'il sait, bien qu'il ne sache pas ; tandis que moi, si je ne sais rien, je ne crois pas non plus rien savoir. Il me semble, en somme, que je suis tant soit peu plus savant que lui, en ceci du moins que je ne crois pas savoir ce que je ne sais pas. »
Après cela, j'en allai trouver un second, un de ceux qui passaient pour encore plus savants. Et mon impression fut la même. Du coup, je m'attirai aussi l'inimitié de celui-ci et de plusieurs autres.
Je continuai néanmoins, tout en comprenant, non sans regret ni inquiétude, que je me faisais des ennemis ; mais je me croyais obligé de mettre au-dessus de tout le service du dieu. Il me fallait donc aller, toujours en quête du sens de l'oracle, vers tous ceux qui passaient pour posséder quelque savoir. Or, par le chien, Athéniens, car je vous dois la vérité, voici à peu près ce qui m'advint. Les plus renommés me parurent, à peu d'exceptions près, les plus en défaut, en les examinant selon la pensée du dieu ; tandis que d'autres, qui passaient pour inférieurs, me semblèrent plus sains d'esprit. (...)