HLP terminale PHILOSOPHIE : Semestre 1 – La recherche de soi

Éduquer, est-ce contraindre ou libérer ?

Axe 1 : Éducation, transmission et émancipation

Plan de la leçon

  1. Introduction : L'Enfant sauvage (F. Truffaut, 1970) et le texte de Jean Itard (1801)
  2. Activité n°1 : le procès d'Itard — accusation, défense, tribunal
  3. Activité n°2 : le colloque des philosophes — Éduquer, est-ce avant tout transmettre, ou émanciper ?
  4. Journal entrée N°2 : « mon école idéale »
  5. Évaluation : question d'interprétation

Introduction : analyse des notions (1/2)

Qu'est-ce qu'éduquer ? — Pistes de réflexion :

  • Quels synonymes de « éducation » ?
  • Qu'est-ce qui distingue « éduquer » un enfant et « dresser » un animal ?
  • Que vise l'éducation, quel devrait être son but ?

Qu'est-ce que transmettre ? — Pistes de réflexion :

  • Quels synonymes de « transmission » ?
  • Qu'est-ce que l'éducation peut transmettre ?
  • Transmettre, est-ce plutôt contraindre, ou libérer ?

Introduction : analyse des notions (2/2)

Qu'est-ce qu'émanciper ? — Pistes de réflexion :

  • Quels synonymes de « émancipation » ?
  • Émanciper, est-ce plutôt contraindre, ou libérer ?
  • De quoi pouvons-nous être émancipés ?

L'éducation : contrainte ou liberté ?
Expliquer le sens du titre de l'axe « Éducation, transmission, émancipation » à partir des notions de « contrainte » et « liberté ».

Introduction

L'Enfant sauvage (F. Truffaut, 1970)

Présentation du film

L'Enfant sauvage est un film réalisé et joué par François Truffaut, sorti en 1970, et tiré d'un fait réel. Truffaut a écrit le scénario en s'inspirant du Mémoire et Rapport sur Victor de l'Aveyron de Jean Itard, le médecin qui a recueilli et éduqué Victor.

Synopsis. En 1797, des paysans capturent, dans une forêt de l'Aveyron, un enfant abandonné. Cet « enfant sauvage » est recueilli par un médecin, Jean Itard. Il va livrer quotidiennement un véritable combat pour tenter de faire de cet être inférieur à bien des animaux un enfant qui donnera, petit à petit, des signes d'affection, d'intelligence et de sensibilité.

L'homme n'est-il que ce qu'on le fait être ?

Jean Itard, Mémoire sur les premiers développements de Victor de l'Aveyron (1801)

Jean Itard, Mémoire sur les premiers développements de Victor de l'Aveyron (1801) — 1/3

Jean Itard (1774-1838), médecin de l'Institut des sourds-muets de Paris, prend en charge en 1800 l'enfant trouvé dans les forêts de l'Aveyron, que le docteur Pinel juge idiot. Ses deux rapports, de 1801 et 1806, racontent l'éducation de Victor ; François Truffaut en a tiré L'Enfant sauvage (1970).

L'homme est inférieur à un grand nombre d'animaux dans le pur état de nature ; état de nullité et de barbarie, qu'on a sans fondement revêtu des couleurs les plus séduisantes ; état dans lequel l'individu, privé des facultés caractéristiques de son espèce, traîne misérablement, sans intelligence, comme sans affections, une vie précaire et réduite aux seules fonctions de l'animalité.

[…]

Jean Itard, Mémoire (1801) — 2/3

Jeté sur ce globe sans forces physiques et sans idées innées, hors d'état d'obéir par lui-même aux lois constitutionnelles de son organisation, qui l'appellent au premier rang du système des êtres, l'homme ne peut trouver qu'au sein de la société la place éminente qui lui fut marquée dans la nature, et serait, sans la civilisation, un des plus faibles et des moins intelligents des animaux […]. Dans la horde sauvage la plus vagabonde comme dans la nation d'Europe la plus civilisée, l'homme n'est que ce qu'on le fait être ; nécessairement élevé par ses semblables, il en a contracté les habitudes et les besoins ; ses idées ne sont plus à lui ; il a joui de la plus belle prérogative de son espèce, la susceptibilité de développer son entendement par la force de l'imitation et l'influence de la société.

[…]

Jean Itard, Mémoire (1801) — 3/3

Considéré dans sa plus tendre enfance et sous le rapport de son entendement, l'homme ne paraît pas s'élever encore au-dessus des autres animaux. Toutes ses facultés intellectuelles sont rigoureusement circonscrites dans le cercle étroit de ses besoins physiques. C'est pour eux seuls que s'exercent les opérations de son esprit. Il faut alors que l'éducation s'en empare et les applique à son instruction, c'est-à-dire à un nouvel ordre de choses qui n'ont aucun rapport avec ses premiers besoins. De cette application découlent toutes ses connaissances, tous les progrès de son esprit, et les conceptions du génie le plus sublime.

Questions

  1. Quelle est la thèse défendue par Itard à propos de la nature humaine ? (voir le vocabulaire)
  2. Quel est le rôle de l'éducation et comment doit-elle être faite ?

Vocabulaire (1/2)

  • L'état de nature désigne la situation de l'être humain hors de toute société, avant que les hommes se regroupent pour former des communautés. Même si cette situation n'a probablement jamais existé, elle est pour certains philosophes comme J. J. Rousseau une hypothèse permettant de définir l'homme en décrivant ses caractéristiques essentielles et naturelles, qui n'ont pas été acquises par l'éducation.
  • La civilisation (ou état de culture) est la situation de l'être humain entré en société, qui se construit individuellement et collectivement avec des caractéristiques culturelles acquises par l'éducation au cours de son histoire (règles morales, habitudes sociales, connaissances, techniques, etc.).

Vocabulaire (2/2)

  • La nature humaine désigne ce qui fait l'essence de l'homme : l'ensemble des caractéristiques essentielles de l'être humain, qui sont intemporelles et universelles (elles appartiennent depuis toujours à tous les êtres humains), et qui nous distinguent des autres animaux parce qu'ils ne les possèdent pas.
  • L'entendement : la faculté de comprendre.

Exercice

  1. Trouvez dans le texte étudié précédemment quatre moments où Itard montre qu'il faut libérer l'homme par l'éducation, et quatre où il montre qu'il faut le contraindre.
  2. Pendant la projection du film, décrivez des scènes dans lesquelles Itard contraint et libère Victor.

La grille

Comment l'éducation CONTRAINT Comment l'éducation LIBÈRE
Texte citation n°1
Texte citation n°2
Texte citation n°3
Texte citation n°4
Film (description de la scène et explication)

Activité n°1

Le procès d'Itard

Le procès d'Itard : les deux camps

Vous organiserez le procès de Jean Itard : les juges interrogent l'accusation et la défense.

L'accusation accuse Itard d'avoir contraint Victor pendant son éducation : il l'a arraché à une vie qui lui convenait, lui a imposé une langue qu'il ne parlera jamais, des punitions sévères, parfois injustes et cruelles, etc.
→ Utiliser la colonne du tableau « l'éducation CONTRAINT » et le témoin : Rousseau.

La défense tente de démontrer qu'Itard a libéré Victor : sans lui, l'enfant sauvage serait resté « inférieur à bien des animaux » ; il l'a libéré de ses instincts naturels, lui a transmis le sens de la justice, l'a intégré à la civilisation humaine, etc.
→ Utiliser la colonne du tableau « l'éducation LIBÈRE » et le témoin : Itard lui-même.

Le procès d'Itard : le tribunal

Le tribunal — les juges n'accusent ni ne défendent : ils introduisent le procès (contexte de l'affaire, rappel du chef d'accusation) puis interrogent les deux parties, à l'aide du tableau et des deux textes, et rendent leur sentence à la fin.

→ Deux règles :

  • une affirmation sans description d'une scène du film à l'appui est irrecevable : le tribunal la rejette ;
  • chaque camp cite son témoin au moins une fois, en le nommant et en utilisant ses arguments.

Les deux témoins (textes sur la fiche-leçon)

  • Témoin de l'accusation : Jean-Jacques ROUSSEAU, Émile ou De l'éducation (1762), livre I
  • Témoin de la défense : Jean ITARD, Rapport sur les nouveaux développements de Victor de l'Aveyron (1806)

Utiliser les réponses aux questions suivantes pour construire l'argumentaire de votre témoin.

Témoin de l'accusation — Rousseau, Émile I

  1. « Il le faut dresser pour lui, comme un cheval de manège » : quelles scènes du film ressemblent à un dressage ? Pourquoi ce dressage est-il une mauvaise éducation ?
  2. « Étoufferaient en lui la nature, et ne mettraient rien à la place » : que veut dire Rousseau, et pourquoi affirme-t-il cela ? En quoi le film illustre-t-il cette affirmation ?
  3. Les trois maîtres : lequel vous semble premier en importance pour Rousseau ? Lequel Victor avait-il dans la forêt ? Lequel Itard prétend-il être ? Chez Victor, leurs leçons « se contrarient »-elles ?

Témoin de la défense — Itard, Rapport (1806)

  1. Les châtiments, « en flagrant délit » puis par représailles, ont fonctionné : Victor ne vole plus. Mais pourquoi ce succès ne prouve-t-il rien à Itard ? Que cherche-t-il de plus qu'éduquer par la peur ?
  2. « Corrigé par la crainte… et non par le sentiment désintéressé de l'ordre moral » : la différence entre dresser et éduquer est dans cette phrase. Expliquez-la.
  3. Quand Victor se révolte, il s'agit selon Itard d'un « acte de vengeance bien légitime » : en quoi est-il légitime ?
  4. « En lui donnant ce sentiment, ou plutôt en en provoquant le développement » : Itard se corrige au milieu de la phrase. Que change cette correction ? Que pense avoir réussi Itard en punissant injustement Victor ?

Activité n°2

Colloque : Éduquer, est-ce avant tout transmettre, ou émanciper ?

Le colloque des philosophes

Vous formerez six binômes, qui débattront, lors d'un colloque, de la question suivante :

Éduquer, est-ce avant tout transmettre, ou émanciper ?

Chaque binôme recevra un texte et représentera l'auteur / autrice de ce texte pendant le débat. Parmi les 6 textes, 3 répondent oui et 3 non. Pendant le débat, deux équipes se formeront et échangeront leurs arguments.

Les six voix (textes sur la fiche-leçon)

  1. Hannah ARENDT, « La crise de l'éducation », La Crise de la culture (1961)
  2. Emmanuel KANT, Traité de pédagogie (1803)
  3. G. W. F. HEGEL, Encyclopédie des sciences philosophiques (1845) et Discours du gymnase de Nuremberg (1811)
  4. Jean-Jacques ROUSSEAU, Émile ou De l'éducation (1762), livre II
  5. Jacques RANCIÈRE, Le Maître ignorant (1987)
  6. Michel de MONTAIGNE, Essais, I, 26, « De l'institution des enfants » (1580-1595)

Préparation en binôme — comprendre et justifier la position de votre auteur

A. Étudiez votre texte et déterminez : 1. sa thèse, la réponse à la question du colloque ; 2. ses justifications, arguments, définitions, exemples.
B. Préparez vos différents arguments pour le débat. Vous pouvez les compléter d'arguments personnels s'ils sont dans la continuité de ceux de votre auteur.
C. Anticipez : quelle est l'objection la plus forte qu'on puisse vous faire ? Écrivez-la, et écrivez votre réponse.

Pour chaque texte, les trois mêmes questions :

  1. Quelle est la thèse de l'auteur / autrice : sa réponse à la question du colloque, en une phrase ?
  2. Quelles sont ses justifications : arguments, définitions, exemples ?
  3. Quelle est l'objection la plus forte qu'on puisse vous faire ? Écrivez-la, et écrivez votre réponse.

Étapes du débat

ÉTAPE 1 DU DÉBAT. Chaque binôme place devant lui un petit panneau avec le prénom et le nom du / de la philosophe qu'il représente.
Tour de table : chaque binôme annonce sa thèse et sa justification principale, en deux phrases.
Pendant que les autres parlent, remplissez un tableau à deux colonnes : les philosophes qui semblent aller dans notre sens / les philosophes qui semblent s'opposer à nous.

ÉTAPE 2 DU DÉBAT. Chaque binôme annonce le binôme dont il se sent le plus proche, et pourquoi. Un binôme peut refuser le rapprochement qu'un autre lui propose : il justifie son refus. Quand les deux camps sont constitués, installez-vous face à face.

ÉTAPE 3 DU DÉBAT : règles de la discussion

  • On parle en s'appuyant sur son texte (vous parlez au nom de votre auteur) et sur ses arguments complémentaires.
  • On reprend l'objection avant d'y répondre — « vous dites que… ; je réponds que… ».