Introduction : mythos (mythe) et logos (raison)
Exercice
Utilisez les deux textes suivants pour définir et distinguer les concepts de mythe et de raison.
Étymologies (grec) : mythos (mythe) = parole, récit, légende ; logos (raison) = parole, discours logique
| MIRCEA ELIADE, Aspects du mythe, 1963 |
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| Le mythe raconte une histoire sacrée ; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des « commencements ». Autrement dit, le mythe raconte grâce aux exploits des Êtres Surnaturels, une réalité est venue à l’existence, que ce soit la réalité totale, le Cosmos, ou seulement le fragment : une île, une espèce végétale, un comportement humain, une institution. C’est donc toujours le récit d’une « création » : on rapporte comment quelque chose a été produit, a commencé à être. |
| DOMINIQUE KUNZ WESTERHOFF, L’autobiographie mythique, 2005 |
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| Le mythe raconte une histoire : c’est sa propriété principale, c’est aussi son principal défaut. C’est en effet ce qui l’a disqualifié historiquement, au profit d’un autre régime discursif, celui du logos, c’est-à-dire du raisonnement logique. C’est Platon qui a distingué le plus nettement ces deux types de discours, d’abord analogues dans la Grèce antique, et qui a instauré la suprématie du logos vis-à-vis du mythos. Certes, Platon reconnaît au mythe une valeur pédagogique dans le discours philosophique. On raconte une histoire. Platon montre également que le mythe en appelle moins à la raison qu’à la foi. Il suscite une adhésion, une créance chez le lecteur : il se substitue à un discours rationnel et peut appréhender des vérités qui dépassent l’entendement, rendre compte de l’inexplicable, de ce qui défie la raison. Cependant, Platon se livre à une violente attaque des fictions créées par les poètes, qui reposent sur l’illusion, l’incroyable, le mensonger : les mythes trompent et doivent être rejetés. Ainsi s’établit une supériorité du logos, ouvrant l’ère du concept et de l’abstraction, sur le mythos, désormais associé au passé et à la tradition. Cette supériorité va être entérinée par le développement de la pensée logique et de la science, lesquelles vont infirmer les mythes d’origine et imposer des explications objectives, empiriquement prouvées, en lieu et place des histoires fabuleuses et sacrées. |