1. Animaux dans la littérature
a) Julio CORTÁZAR, Axolotls
Lire la nouvelle de Julio Cortázar Axolotls (distribuée en classe) et répondre au questionnaire.
b) George ORWELL, La Ferme des animaux
Publié en 1945, La Ferme des animaux (Animal Farm) est un récit allégorique de George Orwell. Les animaux de la ferme « Manoir », exploités par leur propriétaire humain M. Jones, se révoltent et chassent les hommes pour fonder une société égalitaire fondée sur sept commandements, dont le premier proclame : « Tous les animaux sont égaux. » Les cochons, dirigés par Napoléon, prennent peu à peu le pouvoir, abolissent les commandements, et finissent par marcher sur deux pattes, porter des vêtements, et traiter avec les fermiers humains. Le commandement fondateur est réécrit en : « Tous les animaux sont égaux, mais certains animaux sont plus égaux que d'autres. » La scène ci-dessous est la toute dernière du livre : les autres animaux, restés dehors, observent par la fenêtre un banquet réunissant cochons et humains.
| George ORWELL, La Ferme des animaux (1945), fin du récit |
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| [Au cours d'un banquet réunissant les cochons et leurs voisins fermiers, M. Pilkington vient de porter un toast « à la prospérité de la Ferme des Animaux ». Napoléon, dans son discours de réponse, annonce une dernière modification.] |
| « Il n'adresserait qu'une seule critique à l'excellent discours de bon voisinage de Mr. Pilkington, qui s'était référé tout au long à la "Ferme des Animaux". Il ne pouvait évidemment pas savoir — puisque lui, Napoléon, en faisait la révélation en ce moment — que cette raison sociale avait été récusée. La ferme serait connue à l'avenir sous le nom de "Ferme du Manoir" — son véritable nom d'origine, sauf erreur de sa part. “Messieurs, conclut Napoléon, je vais porter le même toast que tout à l'heure, mais autrement formulé. Que chacun remplisse sa chope à ras bord. Messieurs, je bois à la prospérité de la Ferme du Manoir !” Ce furent encore des acclamations chaleureuses, et les chopes furent vidées avec entrain. Mais alors que les animaux observaient la scène du dehors, il leur parut que quelque chose de bizarre était en train de se passer. Pour quelle raison les traits des cochons n'étaient-ils plus tout à fait les mêmes ? Les yeux fatigués de Douce glissaient d'un visage à l'autre. Certains avaient un quintuple menton, d'autres avaient le menton quadruple et d'autres triple. Mais qu'est-ce que c'était qui avait l'air de se dissoudre, de s'effondrer, de se métamorphoser ? Les applaudissements s'étaient tus. Les convives reprirent la partie de cartes interrompue, et les animaux silencieux filèrent en catimini. Ils n'avaient pas fait vingt mètres qu'ils furent cloués sur place. Des vociférations partaient de la maison. Ils se hâtèrent de revenir mettre le nez à la fenêtre. Et, de fait, une querelle violente était en cours. Ce n'étaient que cris, coups assénés sur la table, regards aigus et soupçonneux, dénégations furibondes. La cause du charivari semblait due au fait que Napoléon et Mr. Pilkington avaient abattu un as de pique en même temps. Douze voix coléreuses criaient et elles étaient toutes les mêmes. Il n'y avait plus maintenant à se faire de questions sur les traits altérés des cochons. Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l'homme et de l'homme au cochon, et de nouveau du cochon à l'homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l'un de l'autre. » |
- Au début du livre, les animaux se révoltent contre les hommes. À la fin, « il était impossible de distinguer l'un de l'autre ». Quel mouvement général le récit a-t-il accompli ? Comment l'expliquer philosophiquement, que veut dire Orwell ?
- « Tous les animaux sont égaux, mais certains animaux sont plus égaux que d'autres. » Analysez la construction logique de cette formule : pourquoi est-elle un mensonge plus subtil — et plus efficace — qu'une simple contradiction ?
- Le point de vue narratif : qui regarde la scène finale ? Pourquoi ce choix de point de vue est-il décisif pour le sens du récit ?
- La frontière homme/animal est ici effacée — mais dans quel sens ? Est-ce que les cochons sont devenus des hommes, ou est-ce que les hommes étaient déjà des cochons ?
- La Ferme des animaux est un « apologue » ou fable longue. En quoi le dispositif animalier permet-il une critique politique que le récit réaliste rendrait moins puissante ?
c) Comparaison Cortázar – Orwell
- Dans les deux récits, une frontière s'efface entre l'homme et l'animal. Mais d'un côté c'est une métamorphose individuelle et silencieuse (Cortázar), de l'autre une métamorphose collective et politique (Orwell). Que dit chacune, à sa manière, sur ce qu'est être humain ?
- Qui a quelque chose à perdre dans cet effacement de la frontière ? Qui a quelque chose à gagner ? (à analyser pour chaque récit séparément)
- Pourquoi Cortázar et Orwell ont-ils choisi tous deux la fiction plutôt que l'essai philosophique pour traiter cette question ?
- Si vous deviez résumer en une phrase la « thèse » de chaque récit sur la frontière homme/animal, que diriez-vous ?